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Après l’inscription : vivre et faire vivre le patrimoine

L’inscription sur la Liste du patrimoine mondial n’est pas une fin en soi, mais bien le début d’un engagement à long terme. Elle repose sur un contrat moral entre la communauté internationale, l’État, les gestionnaires, autour d’un objectif commun : préserver, valoriser et transmettre un bien exceptionnel aux générations futures.

Contrairement aux idées reçues, inscrire un bien sur la Liste du patrimoine mondial ne signifie pas le figer et ne plus permettre la moindre évolution. Mis à part quelques biens dits “ fossiles ” ou certains habitats naturels qu’il est essentiel de préserver en l’état, les sites du patrimoine mondial doivent au contraire continuer à vivre et être mis en valeur pour être transmis aux générations futures.

Il n’est pas question de stopper tout développement économique, urbain ou démographique, mais de faire en sorte que ce dernier puisse se faire tout en respectant la Valeur Universelle Exceptionnelle du bien inscrit. Cela suppose un dialogue constant entre les élus, les acteurs locaux, les habitants et les experts.

La volonté du Comité du patrimoine mondial d’inscrire des paysages culturels nés de l’interaction de l’homme et de la nature a notamment conduit à distinguer des territoires vivants comme le Val de Loire ou le Bassin minier. Ils sont issus d’une longue histoire et devront continuer à s’adapter pour permettre à leurs habitants d’y vivre et de les faire vivre.

C’est tout l’enjeu du plan de gestion, exigé dès la candidature : un outil stratégique partagé, qui articule préservation, valorisation et projet de territoire. Il doit impliquer les habitants, les usagers et les acteurs du territoire et encourager l’appropriation collective du bien. C’est pourquoi la gestion doit avant tout s’attacher à faire comprendre et partager les valeurs du bien, car chacun doit en être un acteur !

Le plan de gestion : une feuille de route partagée

L’inscription sur la Liste du patrimoine mondial implique la mise en œuvre d’un plan de gestion, conçu dès la candidature et obligatoire depuis 2007, qui encadre les objectifs de conservation et de développement.

Le plan de gestion est un document évolutif, qui doit être construit de façon concertée et qui :

  • définit une vision commune du site et de ses enjeux,
  • identifie les actions à mener pour la préservation et la valorisation,
  • favorise l’intégration du site dans les politiques publiques locales (urbanisme, culture,
tourisme, environnement…).

Il est l’outil central de la gouvernance du bien, mis à jour de manière périodique pour s’adapter aux évolutions du territoire.

Gérer un bien du patrimoine mondial ne veut pas dire le mettre sous cloche

Il n’est pas question de stopper tout développement économique, urbain ou démographique, mais de faire en sorte que ce dernier puisse se faire tout en respectant la Valeur Universelle Exceptionnelle du bien inscrit.

 

 

Par ailleurs, la gestion ne se résume pas à la protection au sens réglementaire du terme, elle passe aussi par l’implication des habitants et des visiteurs, par l’appropriation, l’émotion, le partage et l’échange. C’est pourquoi la gestion doit avant tout s’attacher à faire comprendre et partager les valeurs du bien, car chacun doit en être un acteur.

L’inscription n’est pas un acquis !

Lorsqu’un bien est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, il ne l’est pas pour toujours. Le Comité du patrimoine mondial est très attentif à l’état de conservation des sites qui figurent sur la Liste. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a mis en place, au début des années 2000, un système d’évaluation périodique qui a lieu tous les 6 ans. Lorsqu’un bien inscrit est menacé par des dangers graves et spécifiques, le Comité peut décider de l’inscrire sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Cette dernière a été établie pour informer la communauté internationale des menaces pesant sur certains sites inscrits et pour encourager des mesures correctives. Ainsi, les conflits armés et la guerre, les séismes et autres catastrophes naturelles, la pollution, le braconnage, l’urbanisation sauvage et le développement incontrôlé du tourisme posent des problèmes majeurs aux sites. Ils peuvent mettre en danger les caractéristiques pour lesquelles ils ont été inscrits. L’inscription d’un site sur la Liste en péril permet au Comité d’accorder immédiatement au bien menacé une assistance dans le cadre du Fonds du patrimoine mondial quand la situation l’exige.
Si un site perd les caractéristiques qui lui ont valu d’être inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, le Comité peut décider de le retirer à la fois de la Liste du patrimoine mondial en péril et de la Liste du patrimoine mondial. À ce jour, il a été amené à appliquer cette disposition des Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial à trois reprises :

  1. En 2007, pour le sanctuaire de l’espèce protégée des Oryx arabes, dans le sultanat d’Oman, réduit à 90 % pour permettre l’exploitation pétrolière du site.
  2. En 2009, pour la vallée de l’Elbe, en Allemagne, où un pont à 4 voies au cœur de la ville de Dresde est venu altérer le caractère exceptionnel du site.
  3. En 2021, pour Liverpool – Port marchand, au Royaume-Uni, en raison de la mise en œuvre de projets d’aménagements à l’intérieur du bien et dans sa zone tampon ayant porté irrémédiablement atteinte à l’authenticité et l’intégrité du site.

Le patrimoine, enjeu diplomatique

La Convention du patrimoine mondial est un traité international que l’on peut considérer comme étant quasi-universel, puisque le nombre total d’Etats parties à la Convention était de 196 en 2024 (sur les 197 États reconnus par l’ONU). La Convention est, de fait, un outil au service de la diplomatie… ce qui peut s’avérer très délicat, au point, parfois, d’en faire oublier les valeurs de paix et de tolérance qui en sont à l’origine.
Il faut être conscient que le patrimoine peut, quelquefois, faire l’objet de conflits et être confisqué par certains pour faire entendre des revendications identitaires, religieuses ou territoriales. Le Comité, lorsqu’il décide d’inscrire un bien sur la Liste du patrimoine mondial, doit donc être extrêmement attentif à ne pas être instrumentalisé au profit de ces désaccords et rester dans son rôle de garant, impartial, de la crédibilité et de la représentativité de la Liste. De nombreuses voix se sont, pourtant, élevées ces dernières années pour dénoncer la part grandissante des négociations et des arrangements politiques qui se dérouleraient en coulisses entre les États parties et qui se feraient au détriment de l’objet premier de la Convention qui est de préserver les biens de Valeur Universelle Exceptionnelle. Un reproche conforté par le fait que les recommandations des organisations consultatives que sont l’ICOMOS et l’UICN sont de moins en moins suivies, jetant ainsi un doute sur la parfaite objectivité des membres du Comité.

S’il serait naïf de croire que les sessions du Comité du patrimoine mondial sont exemptes de tensions diplomatiques, il n’en reste pas moins que la Convention reste un formidable outil d’ouverture sur l’autre et un vecteur de paix indéniable. Lorsque l’on détruit du patrimoine comme les bouddhas de Bamyan, le site de Palmyre en Syrie, Mossoul en Irak, c’est à l’humanité tout entière que l’on s’en prend, à sa mémoire, à son altérité et sa capacité à construire son avenir. En préservant les lieux qui fondent le socle de nos sociétés, c’est nos générations futures que nous protégeons.

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